Handicap et Rire !

rire

Un des premiers livres traitant du handicap que j’ai lu est celui de Jean Louis Fournier intitulé « Ou on va papa« . J’avais 18 ans, je savais que je voulais être EJE pour travailler avec la petite enfance mais je ne savais rien … Non je ne savais rien de ce qui m’attendait ! On m’avait offert ce livre et je l’ai lu par simple curiosité (il faut dire qu’à l’époque je n’avais pas du tout prévu de m’occuper de petits êtres bavouilleux)!

Ce livre est une lettre ouverte d’un père pour ses deux fils Porteurs de handicap. Comme tant d’autres vous me direz ? Eh bien non, pas comme les autres ! En effet Jean Louis Fournier aborde la question du handicap et de son quotidien avec beaucoup d’humour. Il nous fait nous interroger sur la notion de rire : peut on rire de tout ? Et le papa nous répond :  » ca n’empêche pas les sentiments. L’humour ne fait que leur rendre leur humanité« .

         A l’époque j’avais été conquise et très touchée par cette phrase, cette façon de voir les choses mais je ne savais pas encore qu’elle représentait bien plus : mon avenir professionnel !

Comme vous avez pu le lire dans la présentation du blog (c’est pas fait ? Bande de coquins!) je m’appelle Marine, je suis Éducatrice de Jeunes Enfants et j’occupe un poste auprès d’enfants et adolescents  en situation de Polyhandicap . Il y a 5 ans exactement je découvrais le handicap lors d’un stage un peu par hasard… Une expérience très riche qui a influencé la totalité de mon parcours professionnel jusqu’ici. Depuis de l’eau a coulé sous les ponts, j’ai été diplômé, j’ai occupé plusieurs emplois et côtoyé un certain nombre d’enfants présentant un ou des handicaps et je dois avouer que j’ai rarement autant ri (non non ne me jugez pas encore!).

Rire du retard mental et/ou physique nous permet de rendre tous leurs sens aux expressions telles que « pleurer de rire » ou « rire pour ne pas pleurer« . Ben Oui rire du handicap c’est comme rire mais avec un goût différent (je vous embrouille la ?).  Jean Louis Fournier explique dans son livre son sentiment que le rire lui était en quelque sorte refusé :  » On se doit d’être grave quand on a un enfant handicapé alors deux… On doit s’apitoyer, être triste, dans la douleur ou la culpabilité« . Mais il pose une question essentielle : 

« pourquoi refuser à ces enfants des visages ouverts et gais, pourquoi ne leur montrer que la partie négative du monde? »

Après tout, en tant que professionnels, sommes nous la pour servir les attentes sociales ou bien pour favoriser le bien être des enfants? Vous l’aurez deviné ce n’est pas vraiment une question!

Alors vous vous demandez peut être comment est ce que rire du handicap se traduit au quotidien ? Accrochez-vous et ouvrez vos esprits, c’est parti :  

Jean Louis Fournier appelle ces fils « deux petits mioches cabossés » ou encore « lutins« . Pour ma part il m’arrive de les appeler « cacahuète » quand ils font une bêtise, oui je sais c’est un surnom et c’est banni mais je vous assure que ca les fait rire! Ce qu’il faut réussir à comprendre c’est qu’on peut rire d’eux mais surtout qu’il faut parvenir à rire avec eux! Çà leur fait un bien fou, çà nous fait un bien fou ! Alors Oui Oui je vous rassure le reste du temps je les appelle par leur prénom respectif pour favoriser la construction de soi, l’auto-identification ect… NON RIRE AVEC LES ENFANTS PORTEURS DE HANDICAPS NE RIME PAS AVEC MALTRAITANCE (pas quand c’est une pratique réfléchie!).

Inversons un peu les rôles, oui par ce que vous pensez que eux ne se moquent pas de nous ? Prenons l’exemple de Daniel (c’est un pseudonyme), c’est un jeune très handicapé installé dans un corset siège sur un fauteuil roulant. Ses capacités motrices sont très minimes et pourtant il fait quelque chose d’assez extraordinaire :

 il peut lever son pied droit de quelques dizaines de centimètres. Oui et alors ? Et alors il me fait des croches pattes quand je passe devant lui ! Si vous pouviez voir a quel point ça le fait rire… Devrais-je poser ma main sur son épaule en lui disant « ce n’est pas grave » ou bien faire comme si de rien était? Eh bien j’ai choisi d’en rire et même des fois de dire des gros mots comme « Mince » ou même « Punaise » et même de râler (çà le fait encore plus rire ce petit coquin!).

On aura bien compris que rire est bon pour tout le monde y compris les enfants atteints de handicap. Mais je dois être honnête avec vous le rire est aussi un refuge pour nous les professionnels. Comme je l’ai évoqué ci dessus la citation « rire pour ne pas pleurer » prend tout son sens. Trouver une raison de rire c’est une arme pour ne pas craquer, je dirais même que c’est un outil de distanciation indispensable!  Oui je travaille auprès d’enfants lourdement handicapés, mais je passe la plus part de mon temps à rire, avec les enfants, avec les professionnels, avec les parents. C’est ce qui rend mon métier supportable, c’est ce qui rend le sort des enfants plus acceptable c’est ce qui me permet de rester professionnelle et surtout de garder ma PASSION intacte !

Une dernière anecdote pour la route : 

Pas plus tard qu’hier je retrouve Daniel (toujours sur son fauteuil) en train de rouler dans le couloir… Je suis prise au cœur, que se passe t-il, que fait-il la? Devant le fou rire incommensurable de Daniel j’ai compris qu’il y avait anguille sous roche ! En effet le Kiné était accroupi et caché derrière le fauteuil et poussait Daniel dans le couloir… Je vous assure qu’ils ont bien ri, On a bien ri! C’est ce qui participe à une bonne journée !  

C’est ainsi que je clôture cet article, qui je l’espère vous aura au moins fait sourire. Le rire est à la portée de tous c’est une état d’esprit dont nous ne pouvons pas priver les enfants, aucun enfant!

Si ce thème vous intéresse je vous conseille la lecture de l’ouvrage « Ou on va papa » réalisé par Jean Louis Fournier. Un petit extrait pour vous mettre l’eau à la bouche (qui sait !) :

« Jusqu à ce jour, je n ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J avais honte ? Peur qu on me plaigne ? Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c était pour échapper à la question terrible : « Qu est-ce qu ils font ? » Aujourd’hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j ai décidé de leur écrire un livre. Pour qu on ne les oublie pas, qu il ne reste pas d eux seulement une photo sur une carte d invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d ange, et je ne suis pas un ange. Quand on parle des enfants handicapés, on prend un air de circonstance, comme quand on parle d une catastrophe. Pour une fois, je voudrais essayer de parler d eux avec le sourire. Ils m ont fait rire avec leurs bêtises, et pas toujours involontairement. Grâce à eux, j ai eu des avantages sur les parents d enfants normaux. Je n ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien. Et surtout, pendant de nombreuses années, j ai bénéficié d une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j ai pu rouler dans des grosses voitures américaines. » Jean Louis Fournier

Écrit par Marine 

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11 commentaires sur « Handicap et Rire ! »

  1. J’ai adoré ce livre qui m’a soulagée! Et oui, moi, maman d’Amandine, handicapée, en lisant « où on va papa », j’ai déculpabilisé! Et oui, je n’étais plus la seule à avoir parfois certaines mauvaises pensées concernant ma fille. Je n’étais plus la seule à ne pas avoir cette « patience d’ange ». Je n’étais plus la seule à être une « mauvaise » mère par moment!!!! Et oui dur dur d’être parents d’enfants handicapés!!! Mais dur dur d’être parents tout court, ne croyez vous pas? On adore nos enfants, on donnerait tout pour eux. Merci aux professionnels, comme toi Marine car vos sourires, vos rires sont necessaires et essentiels pour nos enfants comme pour nous, parents!!!!

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    1. Très émouvant ton message, merci de nous faire partager tes pensées ca me conforte dans l’importance que j’accorde au rire je ne cesserais jamais de faire rire les enfants et surtout de rire à leur blagues à leurs bêtises ! A très bientôt 🙂
      Marine

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  2. Je trouve votre article intéressant et bien dit heureusement qu’il y a des professionnels comme vous pour nous faire oublier la différence de nos enfants et voir au delà du handicap car malgré tout la société a du mal à voir ces enfants comme des enfants et non pas un handicap tout cours car ce sont des être à part entière avec des sentiments et des émotions d’ ailleurs il nous le montre bien n’étant pas facile au quotidien d’être maman d’un enfant en situation de handicap on apprend beaucoup de toute façon on ne naît pas parent on apprend à le devenir encore merci pour cet article

    Aimé par 1 personne

    1. Tout à fait, se sont des enfants avant d’être un handicap ! Ils sont enfants or leur âge, ils sont enfants par le faire qu’ils vous ont VOUS parents, ils sont enfants car il rit font des bêtises apprennent désobéissent … Ce sont des enfants VOILÀ ! Ensuite se sont des enfants handicapés 😊 merci pour ta lecture et ton retour Nadège hate d’échanger de nouveau avec toi. Marine

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  3. Très bel article plein d’enthousiasme. Je vous tire mon chapeau car comme vous dites cest un métier où il faut voir en face chaque jour « l’insupportable » et si le rire vous permet de ne pas « craquer » et d’illuminer la journée des enfants alors un grand bravo.
    Mais oui comme l’écrit ce papa: pourquoi les enfants devraient voir que notre tristesse, notre désarroi…
    Le livre dont vous parlez à l’air très étonnant mais si émouvant.
    Merci pour cet article qui fait réfléchir.

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  4. j’ai lu aussi son livre passionnant! j’ai une enfant polyhandicapée et je souhaite que les éducatrices du foyer où elle réside rient avec elle! elle aime rire et nous entendre rire! merci pour ce témoignage!

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  5. Oui très bon livre… Sourire et rire c’est commencer à s’ouvrir à l’autre…à les acceuillir avec bienveillance…
    J’ai eu pour mission un jour d’accompagner pendant 15 jours un enfant polyhandicapé hospitalisé (sourd, ne parlant pas, aveugle).
    Les 3 premiers jours, j’étais un peu perdu je ne savais que faire pour entrer en communication avec lui, il y avait bien sur le toucher, mais je me sentais démunie voire inutile…
    Puis, par hasard, j’ai secoué un livre devant son visage, et là, le MIRACLE, il a éclaté de RIRE, leur bonheur m’a envahie et les larmes aussi… Quel bonheur, nous avons joué et joué « au vent » et quand il a pu sortir de sa chambre, je le poussais en courrant, dans son fauteuil roulant et il riait riait… C’est un de mes plus beau moment professionnel !

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