Dire Adieu à un enfant 

 Dire Adieu à un enfant 
[Ta douleur s’achève là où commence la notre…]

Soan, je ne m’étalerai pas sur les détails de ta maladie ni sur les diverses manifestations de celle-ci, tout simplement par ce que je n’ai pas envie que se soit [QUE] ce dont on se rappelle toi… Tout simplement par ce que je refuse qu’on te définisse par CA!

Je me lance dans l’écriture de cette lettre ouverte, qui t’est destinée et pourtant je ne m’adresse pas qu’à toi. Si j’écris c’est pour publier et partager ton histoire, NOTRE histoire, avec d’autres. Tu ne l’as jamais su mais j’écris, j’écris sur toi et sur tes camarades du centre. Je décris mon bonheur de travailler avec vous chaque jour.

Mais aujourd’hui ma plume a un autre goût que celui de la passion. Aujourd’hui je suis triste de ne pouvoir parler de toi qu’au passé, et ce pour toujours.

Pour une raison qui m’est inconnue, j’ai toujours porté un grand intérêt à travailler auprès d’enfants comme toi, dont les jours étaient comptés ou en périls [je crois qu’au fond ça les rend si précieux]. J’ai étudié dure pour bien VOUS accompagner, pour bien VOUS comprendre, pour bien ME comprendre et ME protéger.

Et aujourd’hui je t’ai perdu, toi. 

Je ne peux pas dire que je ne m’y attendais pas du tout. Je ne peux pas dire que je n’y étais pas préparé. Je ne peux pas dire que ça ne me fait pas mal.

[Si j’ai bien appris une chose auprès des enfants en danger c’est que nous ne prendrons jamais assez de distance pour ne pas souffrir. C’est notre condition d’être humain de souffrir à la perte d’un être]. 

En quelques mots je savais que je pouvais te perdre, j’ai vécu chaque jour comme le dernier, mais cela n’a rien empêché du tout … Je t’ai perdu.

La phase du choc / déni : Ça y est tu es parti, et tu ne reviendras pas. Les pièces sont encore imprégnées de ton visage, de tes habitudes comment serait-il possible que tu disparaisses vraiment ? Cela semble inconcevable

La phase de la colère : Tu es parti et je n’ai rien pu faire, mais quelque part est ce que j’aurais pu mieux faire ? J’aurais dû anticiper, j’aurais dû t’aider quand tu souffrais. Et les autres qu’est ce qu’ils faisaient ? Et puis pourquoi toi d’abord ? C’est injuste, la vie n’avait pas ce droit de te frapper à toi, autant de fois. 

La phase du marchandage : Et si je laissais ta chaise vide, au même endroit que tu l’avais laissé ? Un peu comme si tu pouvais revenir. Ça te ferais revenir ? Si je rejoue la scène dans ma tête et si cette fois je trouve une solution pour te sauver, peut être alors que tu reviendrais ?

La phase dépressive : La tristesse est là et  je ne peux pas la nier. Elle vient frapper chaque matin quand je ne te vois pas dans la pièce, dans le bus ou à table. Elle donne la sensation d’un coup de poignard dans la poitrine. Elle donne l’impression d’un souffle coupé [comme si j’avais couru trop vite]. Je me pose des questions sur toi, sur mon métier, je pense beaucoup à ta famille [trop].

La phase d’acceptation : J’ai beaucoup parlé de toi avec mes collègues, oui j’ai la chance d’avoir des collègues, cela aurait été si difficile d’affronter ça sans eux. J’ai pu parler avec ta maman aussi, elle est courageuse de s’ouvrir à nous comme elle le fait, ça me fait beaucoup de bien, j’espère qu’à elle  aussi [un peu]. J’aime me  souvenir de toi, je n’ai que les bons moments qui me reviennent en tête [les autres existent aussi mais je les ai acceptés ils sont dans un petit coin de ma tête prêts à enrichir mon expérience, pour tes camarades, pour moi, pour ne pas faire les mêmes erreurs]. 

Ta vie n’a pas toujours été simple, tu as longtemps combattu la maladie [et tu t’ai bien battu]! J’ai partagé un petit bout de chemin avec toi dans les bons et les mauvais moments, mais comme un sermon je te l’avais promis. Oui, mon métier est une promesse de toujours vous accompagner [tant que je serais en mesure de bien le faire] dans le bon comme dans le moins bon, dans l’agréable et le pénible.

Merci de m’avoir donné sans compter, sans juger, de m’avoir appris la complicité et montré la confiance. Merci à ta famille, si courageuse de m’avoir donné cette leçon : il y a de la vie là où on en met !

[Il faut ajouter de la vie aux jours lorsqu’on ne peut plus ajouter de jours à la vie. Jean Bernard]

{ Soan, ta douleur s’achève là où commence la nôtre }

[Merci à vous de m’avoir lu, dans une thématique moins joyeuse certes, mais que nous, professionnels de la petite enfance, de la santé et du médico social pouvons être amené à vivre dans l’exercice de nos fonctions. En espérant toute votre bienveillance de lecteur face à cette lettre maladroite mais sincère.]

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3 commentaires sur « Dire Adieu à un enfant  »

  1. Bonjour, je viens de lire ce bel article toujours d’actualité même s’il date un peu… Et je me demandais qui était Jean Bernard ? Il me semble que cette belle phrase est de Anne-Dauphine Julliand dans son magnifique livre sur la maladie et le décès de sa petite fille que je vous recommande : « Deux petits pas sur le sable mouillé ».

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    1. Bonjour et merci. Je connais et j’ai bien lu le livre « deux petits pas sur le sable mouillé » dans lequel Anne Dauphine Julliand utilise cette citation qu’elle précise elle même emprunter à Jean Bernard un médecin académicien.

      En vous souhaitant une bonne journee

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