La fonction de contenance

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Nous passons nos journées à contenir les enfants : Psychiquement, Physiquement. En tant que professionnels de la petite enfance, nous avons cette fonction de contenance. C’est une chose que nous faisons sans trop réfléchir, cela fait parti de notre quotidien. Et c’est là où je veux en venir, contenir un enfant devient quelque chose de banal alors que cela devrait être un acte réfléchi. Il y a quelques jours une collègue m’a demandé : « Mais quand je contiens un enfant qu’est ce que je lui apporte ? ». Cette question a fait tilt dans ma tête : « Savons nous réellement ce que signifie contenir un enfant ? ». Alors voilà, je ne dis pas avoir la réponse mais je vais essayer par le biais de cet article d’apporter une réflexion autour de cette pratique.

La crèche est une institution qui accueille des enfants en plein développement psychique et physique. Elle est donc un vrai lieu de vie, où l’enfant doit pouvoir se développer personnellement mais également à apprendre le vivre ensemble.

« La première période de la vie peut être caractérisée par une équivalence entre sensations, mouvements et émotions, entre gestualité et images. Le corps est le lieu où vont s’exprimer les tensions émotionnelles, c’est le corps qui éprouve, contient et porte les diverses sensations et les élabore dans le système psychique. À cause de son immaturité neurosensorielle, tout ce que vit le bébé – expression, connaissance et communication – passe indistinctement par le corps. Par exemple, il traduit de manière analogue l’émotion liée à l’absence de sa mère et la désagréable sensation physique de faim. » (1) Le corps de l’enfant à la crèche de Franco BOSCAINI

Grâce à cet extrait nous comprenons mieux pourquoi il faut avoir une fonction de contenance. Nous devons en tant que professionnels de la petite enfance permettre à l’enfant de vivre la séparation d’avec ses parents comme une distanciation et non comme une perte, nous devons également établir un lien entre la famille et l’institution, ne pas oublier que l’enfant ne nous appartient pas.

Contenance psychique

Contenir l’enfant psychiquement, c’est le porter à la fois par notre regard, c’est penser l’enfant même lorsqu’on ne le voit pas. Cela grâce à notre positionnement professionnel et par les choses que l’on met en place dans la journée.

Il suffit parfois d’être posé au sol, à la hauteur des enfants et disponible pour que le groupe d’enfants se sent contenu. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais lorsque les professionnels sont en mouvement, qu’il y a beaucoup de va-et-vient dans la salle de vie; c’est généralement pendant ces moments là que les enfants pleurent, courent partout, commencent à avoir des pulsions agressives, etc. Car ils ne se sentent plus contenu. Il est donc primordial de penser le rôle et le positionnement de chaque professionnel, car il est évident qu’à certains moments de la journée (exemple :  l’installation des repas), il y ait beaucoup de mouvements. Mais penser que le professionnel de tel horaire reste posé au sol et disponible pour les enfants, permettra d’assurer la fonction de contenance et les enfants pourront alors rester dans leurs jeux.

Il est très important de penser la journée type de l’enfant, lui donner des repères c’est le rassurer, le sécuriser et donc lui apporter une contenance. « Un cadre rassurant demande l’instauration de repères au quotidien. Aménagement de l’espace, repères temps et de personnes. Ceux-ci permettent d’apporter à l’enfant la sécurité psychique et physique nécessaire à son développement et à sa construction. Ainsi les repères sont un tremplin pour grandir. » (2) Métier de la petite enfance N°219 Mars 2015

De plus, contenir l’enfant psychiquement c’est lui permettre d’exprimer ses émotions. Il faut que l’adulte puisse accueillir les émotions de l’enfant sans projeter ses propres affects, Daniel Calin parle de la fonction d’apaisement. Il met en parallèle la fonction d’apaisement à la fonction d’adossement qui elle est le fait d’exercer un portage qui permet à l’enfant de se tenir grâce à l’aide de l’adulte.

Ce qui nous amène à notre deuxième point

Contenance physique

C’est bien cette contenance qui nous pose question : Est-ce que contenir un enfant physiquement n’est pas une forme de douce violence ?

Pour tous ceux qui répondraient positivement à cette question, Ôtez-vous cela de la tête, sinon nous pratiquons cette douce violence au quotidien. Et là vous être entrain de vous dire « Moi jamais ! ». Je m’explique.
Contenir l’enfant physiquement, c’est avant tout lui apporter les soins corporels dont il a besoin, comme lui changer sa couche, lui donner son biberon, etc. C’est ce le Holding de Winnicott.
Porter l’enfant c’est lui permettre de ressentir et d’intégrer les limites de son propre corps. Contenir l’enfant physiquement c’est d’abord l’aider à ressentir son corps.

Maintenant, que l’on sait que contenir physiquement fait parti de notre quotidien, je vais aborder la vraie problématique. Contenir un enfant physiquement lorsqu’il est en « Crise ».

Et oui, parfois nous prenons l’enfant pour le contenir mais celui-ci se débat, et pourtant nous savons qu’il a besoin de cela pour se recentrer. Mais le fait de le bloquer nous donne cette impression d’être dans la douce violence.

Il est fréquent de voir les termes Contenance et Contention confondus ou considérés comme étant des synonymes. Le terme Contention est définit comme un « Procédé thérapeutique permettant d’immobiliser un membre, de comprimer des tissus ou de protéger un malade agité. » Or nous n’avons pas à faire à des personnes présentant des maladies mentales mais tout simplement à des enfants au développement psychique et psychologique immature et en constante évolution. Quant à elle la notion de « contenance » est la « capacité d’une personne ou d’un système éducatif ou thérapeutique d’assumer une fonction de « pare–excitation » et désigne la nécessité de pouvoir canaliser un trop plein d’impulsivité). On peut donc dire qu’on ne CONTIENT pas pour Contenir mais pour être CONTENANT.

Avant de contenir un enfant de cette façon, il faut l’avoir observer, il faut lui avoir proposé des solutions. Par exemple : un enfant qui ne fait que taper les autres, il faut lui avoir proposer de taper sur un tambour, par terre, contre le mur etc. Mais parfois cela ne suffit pas, l’enfant continue de taper. En l’observant on a remarqué qu’il tapait juste après la séparation d’avec son parent ou lorsqu’il y a beaucoup de va et vient dans la salle de vie, etc.
Grâce à cette démarche, on sait que cet enfant à ce moment là de la journée a besoin d’une contenance physique pour l’aider à s’apaiser. Et pourtant il se débat, il ne veut pas rester sur vous. Et oui, certains enfants ont du mal à se laisser aller . Mais quand on insiste un peu, au bout de quelques minutes de lutte, il s’apaise enfin et arrive à repartir jouer sereinement.
Mais il faut aussi connaître les habitudes des enfants, certains enfants auront besoin chaque matin d’avoir cette contenance physique car la séparation est trop dure pour lui, et cela peut se manifester par des pulsions agressives envers les autres ou bien des pleurs ou encore une forte agitation. Il y a aussi les enfants qui ont besoin d’être contenu pour s’endormir car sans cela ils n’arrivent pas à se laisser aller au sommeil. Et pleins d’autres moments de la journée.

Il ne faut pas oublier qu’être dans la contenance physique c’est en quelque sorte faire un câlin, et faire des câlins à l’enfant c’est lui permettre de se destresser. Effectivement, proposer environ 7 secondes de contenance physique à l’enfant c’est lui permettre de libérer son Ocytocine qui est une hormone de bien être.

Contenance verbale

Et oui, verbaliser les choses c’est aussi contenir l’enfant. Mettre des mots sur ce que vit l’enfant, lui expliquer ce qui va se passer pour lui. C’est lui permettre d’anticiper les choses donc être acteur de son quotidien. Par exemple, lui expliquer sa journée, l’avertir qu’on va lui changer sa couche dans quelques minutes, lui dire que tel professionnel n’est pas là aujourd’hui, etc.

Le contenir verbalement, c’est également mettre des mots sur les émotions de l’enfant. Lorsqu’un enfant pleure parce qu’il vient de se séparer de son parent, le fait d’être dans l’empathie et lui verbaliser les choses :  « Je comprends que c’est difficile pour toi », « Je comprends ton chagrin »,  « Je serais triste aussi si je devais quitter mon papa tous les matins », « Mais ne t’inquiètes pas, papa va revenir te chercher ce soir ». Parfois les paroles suffisent à être fonction de contenance.

Pour résumer cet article, je pourrais dire que finalement contenir l’enfant c’est être bienveillant. C’est lui proposer la sécurité affective dont il a besoin car il est encore immature pour pouvoir se recentrer et se ressourcer part lui-même. Contenir psychiquement, physiquement et verbalement c’est penser le bien être de l’enfant, c’est l’accompagner afin qu’il puisse décharger ses tensions émotionnelles.

Écrit par Coralie NARDEAU

 

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14 commentaires sur « La fonction de contenance »

  1. Vraiment très intéressant car j’en voulais encore car je fais une Vae d’eje. Je voudrai garder ou photocopier pour le faire lire à mes collègues de travail dans ma crèche. Pourrai tu me l’envoyer sur ma messagerie et avec d’autres articles aussi in terressant. Plus bas je te laisse le mail. Merci encore d’avance. Marie

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  2. merci pour cet article c’est vraiment très intéressant de tout relater ainsi. Je trouve que de lire avec de la distance prend tout son sens même si on le fait déjà au quotidien. ça pose des mots sur nos pratiques et c’est très bien

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  3. Très intéressant. Je rajouterai la contenance des jeux. J ai observé que proposer les jeux dans des petits contenant offre aussi de la contenance aux enfants qui s identifient à l environnement proposé. Proposer des sceaux, des cuvettes,des sacs…permet à l enfant de se sentir lui aussi contenu. Lui proposer des caisses ou autres pour se contenir lui même. L aménagement aussi offre de la contenance. Couper les grands espaces , les meubles bas, les barrières. ..tout ça sous le regard contenant d un adulte attentionné et d une direction contenante de son équipe. Merci

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  4. Génial votre article qui résume le terme de contenance…personnellement je l ai utilisé pour un enfant difficile dans toute les activités quotidienne…plus je lui parlé et plus il hurlait ou taper les autres…j ai cessé de lui parlé et je le contenait physiquement et cela a changé son comportement

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